Gwenola Joly-Coz, Présidente du Tribunal de Grande Instance de Pontoise évoque l’évolution de l’institution judiciaire et de sa perception auprès du grand public.


Vous avez été directrice du cabinet de Pascale Boistard, secrétaire d’Etat aux droits des Femmes, qu’avez-vous pu mettre en place en faveur des femmes à ce poste ?

Tout d’abord, nous avons mis en place l’application de la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les femmes et les hommes soit plus de 21 décrets d’application et l’habilitation par ordonnance pour la parité dans les ordres et autorités administratives. Je me rappelle par exemple qu’avant la mise en place de la parité au sein de la haute autorité de la santé il y avait huit postes de dirigeants tous occupés par des hommes qui pensaient qu’il serait impossible de mettre en place une parité. Puis nous avons trouvé un moyen de modifier les modalités de nomination afin que des femmes puissent également être nommées. Pour faire appliquer une loi sur le terrain le dialogue est clé.

62 % des magistrats sont des femmes pourtant elles sont beaucoup moins nombreuses dans les hautes fonctions de la magistrature comment cela s’explique-t-il ?

Pendant des siècles il n’y avait aucune femme dans la magistrature. Aujourd’hui il y a 64% de femmes magistrates ce qui est un réel progrès car tous les métiers doivent être mixtes. Cependant une question se pose : pourquoi quand une profession se féminise il y a autant de contestations ? De plus, même s’il y a 64 % de femmes magistrates, seulement 20% sont chefs de juridiction et qui plus est de juridictions les plus petites. Il n’y a que trois femmes présidentes au sein des douze juridictions hors hiérarchie du premier groupe et neuf femmes présidentes de cour d’appel sur trente six. Les femmes se limitent souvent par la croyance qu’un poste à responsabilité n’est pas compatible avec une vie personnelle car dans la magistrature il faut être mobile pour progresser. Pour ma part, j’ai fait trois fois le tour de la France pour exercer des responsabilités et je ne le regrette pas. Les femmes peuvent tout à fait exercer un leadership au sein de la magistrature en ayant une nouvelle manière de travailler. Cette nouvelle façon de travailler peut se traduire par des pauses déjeuner plus courtes et pas de réunions le soir.

Vous avez été Présidente du TGI de Mamoudzou, comment la justice s’exerce-t-elle dans le plus jeune département français ?

Je garde un excellent souvenir de ces années d’exercice à Mayotte (de 2004 à 2008). A cette époque une justice dérogatoire y avait cours qui était très différente de la justice pratiquée en métropole. A titre d’exemple, toutes les décisions y étaient rendues à juge unique, il n’y avait aucune collégialité. C’était un réel challenge car il fallait faire preuve d’innovation. J’y ai pu mettre en place notamment l’application du code de procédure civile et son adaptation aux réalités locales. En effet, la justice à Mayotte cohabite avec les cadis (juges musulmans se basant sur la charia). Les jugements des cadis pouvaient paraître sur certains sujets comme le droit des femmes ou de la famille en contradiction avec les lois de la République mais nous avions un respect mutuel et la volonté commune d’effectuer un travail profitable à tout le territoire. Nous avons donc pu traiter ensemble de nombreuses problématiques comme la forte pression migratoire qui règne sur la région tout en respectant tous les fondamentaux de la République.

Le Service d’Accueil Unique du Justiciable a été récemment mis en place au TGI de Pontoise, constatez-vous une amélioration de l’accès à la justice grâce ce dispositif ?

Je croyais en ce projet depuis ses prémices. En effet, il faut lutter contre l’image qu’a l’opinion publique d’une justice lente et complexe. Le service d’accueil unique du justiciable permet de palier ces écueils. Désormais quand les justiciables arrivent au tribunal de grande instance de Pontoise, ils bénéficient d’un accueil de grande qualité et de réponses claires et fiables. Ce service bénéficie d’une importante reconnaissance au plus haut niveau de l’Etat et je suis très fière des greffières qui effectuent un travail formidable et ont été les véritables actrices de ce succès de ce service. En tant que présidente de tribunal de grande instance, je souhaite agir comme un catalyseur, je permets, j’encourage, j’accompagne les talents de la juridiction à exprimer leur potentiel dans l’initiative et l’autonomie.