Fondatrice de Jurimanagement, première entreprise de conseil destinée uniquement aux avocats, Caroline Neveux nous fait part de sa vision quant au futur du métier d’avocat.


Comment les cabinets d’avocats acquièrent les codes et les réflexes des entreprises ?

Ils ne sont malheureusement pas formés aux réflexes des entreprises même si l’école du barreau dispense depuis peu une formation managériale et entrepreneuriale. Les avocats observent la façon dont fonctionnent les entreprises et s’informent, notamment sur le Net et sur Village de la Justice qui est pour eux un site de référence en termes de management.

Il y a depuis 15 ans une révolution entrepreneuriale sur le marché du droit, les cabinets se regroupent au sein de réseaux comme Altajuris, Gesica ou encore Eurojuris afin d’acquérir des réflexes entrepreneuriaux.

Le marché du droit reste à évangéliser, c’est la raison pour laquelle avec Jurimanagement nous dispensons des formations sur la stratégie, la gestion financière, le management d’équipe ou bien les ressources humaines.

Pensez-vous que le modèle de facturation au taux horaire va perdurer ?

Non, c’est un modèle historique qui est voué à disparaître. Nous évoluons clairement vers une offre globale avec un devis et un forfait. La facturation au taux horaire sera utilisée pour les cas complexes où il n’est pas possible de prévoir un budget pour la prestation et le taux horaire demeurera comme une unité de mesure de la rentabilité d’un dossier.

Comment les avocats vont-ils réinventer leur modèle économique ?

Les avocats vont devoir changer leur manière d’aborder le marché. Le marché du droit est devenu un marché d’offreurs et il va falloir s’y adapter. Les professionnels du droit devront étudier les besoins de leurs clients et pas seulement les besoins juridiques. Le véritable enjeu c’est de raisonner en terme de verticalité et de chaîne de valeur au sein du marché. Depuis la loi Macron, les avocats peuvent créer des activités connexes. Ils vont donc pouvoir créer plus de produits d’appel qui leur permettront de mieux répondre aux besoins du marché. Les avocats vont créer de nouvelles structures avec d’autres professionnels du droit. On pense notamment aux huissiers pour un service de recouvrement de créances. L’interprofessionnalité sera au cœur de la profession d’avocat.

Quelle sera la valeur ajoutée des cabinets d’avocat dans le futur ?

Les nouvelles technologies vont automatiser les tâches répétitives des avocats ce qui va leur permettre de pouvoir se consacrer à leurs clients. Ils vont pouvoir être la tête pensante de stratégies complexes à destination des entreprises.

À votre sens quel est le futur des professions du droit ?

S’ils savent saisir la chance qui s’offre à eux, ils pourront profiter d’immenses opportunités nées des dernières innovations technologiques. Ils pourraient par exemple se servir de ces technologies pour créer des offres packagées plus faciles d’accès pour les particuliers. Le besoin des particuliers et des professionnels en droit est croissant et ne demande qu’à être comblé. Le modèle entrepreneurial actuel des cabinets d’avocats avec des associés au capital n’est pas pérenne. Il faut que les cabinets puissent investir et dégager du temps pour penser aux investissements futurs.

Comment les cabinets d’avocats peuvent-ils évoluer ?

Les avocats doivent profiter au maximum des mutations technologiques qui s‘offrent à eux. Le crowdsourcing, le datamining, le pattern mining sont autant d’opportunités dans le développement de l’activité d’un avocat. En effet la datamining pourrait permettre aux avocats de prendre connaissance d’un nouveau besoin de leur client et d’en imaginer la solution. L’intégration de ces ressources nécessite certes du temps et de l’argent mais à terme constitue un gain de temps faramineux. Les cabinets d’avocats doivent investir dans les legaltech et former leurs recrues aux nouvelles technologies car ces dernières seront bientôt incontournables pour les cabinets d’avocats.

Que pensez-vous des legaltech ?

Nous n’en sommes qu’aux balbutiements mais la croissance des legaltech va être exponentielle. Elles sont un gain de temps formidable et vont permettre aux juristes de se concentrer plus sur l’analyse et la stratégie. La place des juristes dans les années à venir sera cruciale.

Que pensez-vous du projet porté par Doctrine ?

J’ai lu de nombreux articles concernant Doctrine, je trouve que l’évolution de ce projet est remarquable !

Essayez Doctrine !