Ancien bâtonnier et président de la conférence des bâtonniers, Christophe Ricour est aujourd’hui conseiller à la chambre sociale de la Cour de cassation. Il évoque dans cette interview la transformation du métier d’avocat.


Vous avez été l’un des plus jeunes bâtonniers de France puis président de la conférence des bâtonniers à 41 ans, comment avez-vous fait pour atteindre un si haut niveau si jeune ?

Je le dois essentiellement à la jeunesse du barreau des Hauts de Seine auquel j’appartenais et qui a choisi d’élire un bâtonnier qui lui ressemblait. S’agissant de la conférence des bâtonniers, mon élection à sa présidence a été le fruit d’un travail collectif mené avec un certain nombre de barreaux pour en faire évoluer le fonctionnement.

L’ordre de Paris regroupe la moitié des avocats en France, comment faire entendre la voix des autres régions à la Conférence des bâtonniers ? Plus généralement, la prédominance de Paris est-elle un sujet dans les différentes institutions de la profession ? Comment cela est-il géré?

On ne peut pas dire que le déséquilibre qui existe entre l’effectif d’un seul barreau et tous les autres soit sans incidence sur le mode de représentation de la profession.

Historiquement la Conférence des bâtonniers qui regroupait tous les bâtonniers de France sauf Paris et le bâtonnier de Paris représentait la profession. Depuis la création du Conseil National des Barreaux, il lui appartient de représenter la profession. La conférence des bâtonniers reste néanmoins un lieu de rencontre, de réflexion et d’expression des bâtonniers dont la voix est largement prise en compte par les pouvoirs publics.

Vous avez été membre du Conseil Supérieur de la Magistrature, comment ont évolué les relations entre les magistrats et les juges ?

De façon générale, les relations entre avocats et juges sont bonnes. Elles peuvent parfois se tendre face au manque chronique de moyens alloués à la justice qui place les avocats dans une situation complexe à l’égard de leurs clients. Certaines stratégies de défense pénale créent également des tensions fortes mais, si l’on en parle beaucoup, cela reste un phénomène relativement rare.

Vous avez été avocat pendant trente-cinq ans, avez-vous perçu une évolution du rapport des avocats avec les justiciables ?

Il y a une évolution considérable des rapports entre les avocats et leurs clients. On est passé d’un métier où les clients ignoraient pratiquement tout des questions de droit et où ils venaient s’en remettre au professionnel pour les éclairer, à une période où les clients sont de mieux en mieux informés grâce à la diffusion gratuite du savoir où ils comparent de plus en plus les prestations offertes par les avocats.

A l’heure de la transformation numérique, comment voyez-vous évoluer le business model des avocats ? Quid de la facturation à l’heure ?

Tout est en train d’évoluer très vite. La facturation à l’heure n’est pas toujours pertinente. La valeur n’est plus dans le temps consacré à la recherche d’une solution mais dans la qualité, la fiabilité et l’étendue de la recherche qui peut être très rapide grâce aux nouvelles technologies.

La facturation au temps passé va nécessairement évoluer car aujourd’hui les clients constatent parfois que les consultations qu’ils ont obtenues sont parfois identiques à ce qu’ils peuvent obtenir sur le web…La plus-value de l’avocat est davantage dans la capacité d’analyse des situations.

Le modèle économique des cabinets va évoluer rapidement dans les années à venir pour tenir compte de ces évolutions technologiques majeures.

Enfin, vous êtes aujourd’hui conseiller à la cour de cassation en service extraordinaire ; vous collaborez avec des avocats aux conseils ; pouvez-vous expliquer à nos lecteurs quels sont pour vous les différences par rapport à un avocat à la cour ?

Les avocats aux conseils ont un rôle essentiel devant la cour de cassation, ils bénéficient d’une formation spéciale et rigoureuse. Ils jouissent d’un monopole d’intervention sauf en matière pénale.

Ils maîtrisent la technique de cassation qui est complexe et difficilement accessible à ceux qui n’ont pas été spécialement formé à sa pratique. Leur hyper spécialisation est un gage de sécurité pour les justiciables quant aux chances de succès de leur pourvois. Ils apportent également un concours précieux au fonctionnement de la cour qui fait face à un nombre très important de pourvois.

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