Ancienne première présidente de la cour d’appel de Douai et actuelle première présidente de la cour d’appel de Versailles, Dominique Lottin partage sa vision sur la mutation numérique des métiers du droit.


Comment évolue la relation entre les magistrats et les avocats ?

Cela évolue beaucoup et dans le bon sens. Il y a plus de concertation, par exemple, aujourd’hui, j’ai une réunion avec des bâtonniers concernant la réforme de modernisation de la justice. Nous participons à des commissions communes ce qui renforce nos liens et nous permet de travailler ensemble plus efficacement. Cela n’empêche pas qu’il y ait parfois des rapports tendus entre magistrats et avocats dans certains procès pénaux. Ce n’est pas problématique tant que l’institution judiciaire et les individus sont respectés.

Que pensez-vous du budget alloué à la justice française ?

Nous ne pouvons pas nier qu’il y a eu une augmentation générale du budget depuis 2 ans mais face à l’explosion des contentieux, il est difficile de couvrir le besoin. Il faut une réforme structurelle des procédures d’appel et de cassation. Il faut réformer la justice car elle au bord de l’implosion. Le budget actuel ne peut pas suivre une telle inflation des contentieux. Il faut recentrer le juge sur sa mission principale, il ne peut pas traiter tous les contentieux de la vie sociale.

Vous avez été première présidente de la cour d’appel de Douai et vous êtes première présidente de la cour d’appel de Versailles, les missions et le quotidien sont-ils différents d’une cour d’appel à une autre ?

C’est très différent d’une cour d’appel à une autre, les territoires sont différents ce qui implique que les contentieux sont également différents. Il y a aussi une problématique de ressources humaines qui est différente en région où il y a beaucoup plus de jeunes fonctionnaires sortis d’école. En Île-de-France compte-tenu du coût de la vie, il y a un fort taux de vacances et les magistrats peuvent partir en détachement dans des ministères de manière très rapide. Par ailleurs, même en Île-de-France, les problématique et la gestion quotidienne d’une cour d’appel à une autre peuvent être différentes. A Versailles nous traitons des contentieux souvent d’une très grande complexité notamment en matière commerciale et sociale car le ressort comprend le quartier de la Défense où sont implantés les sièges de grande entreprise. Nous avons par exemple traité des dossiers sur le Tramway de Jérusalem ou encore l’aéroport de Genève.

Que pensez-vous de la mutation numérique des métiers du droit ?

Elle est inévitable et souhaitable mais doit être accompagnée. La société évolue grâce aux technologies, passer de la plume d’oie à la machine de traitement de texte et à l’informatique nous a fait gagner un temps considérable comme les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle nous ferons gagner du temps à l’avenir. Nous devons nous adapter à l’évolution et avoir une réflexion globale sur nos métiers. L’open data couplée aux nouvelles technologies est une excellente chose cela va permettre d’accroître la sécurité juridique mais il, faut aussi protéger les magistrats en renforçant la collégialité et en rappelant que le juge fait toujours une appréciation in concreto de chaque dossier.

Que pensez-vous de la place de la jurisprudence en France ? Le juge est-il la bouche de la loi ?

En France la jurisprudence est une source de droit. La richesse du métier de magistrat consiste à juger mais également à participer à l’évolution de la jurisprudence. La jurisprudence peut évoluer mais pas trop non plus car il faut assurer une prévisibilité et une stabilité des décisions.

L’adage disant que “Le juge est la bouche de la loi”, c’est terminé depuis longtemps. Le code civil a évolué. Les rédacteurs du code civil n’avaient pas, par exemple, prévu le développement industriel du pays. Les juges ont donc dû développer, par exemple, la question de la responsabilité dans un accident industriel à travers l’article 1382 du code civil. De la même façon, le législateur n’est pas là pour régler des cas d’espèce ; c’est donc au magistrat de répondre à ces questions à travers la jurisprudence.

Quelles sont les relations entre la cour d’appel et les tribunaux de première instance ?

Le rôle de la cour d’appel est d’administrer, gérer et favoriser l’unification sur le territoire de la justice. La cour d’appel impulse également une politique judiciaire, accompagne et fait en sorte que la justice rendue à Versailles soit la même que celle rendue à Chartres et ceci dans le respect de l’indépendance des magistrats.

Comment les magistrats peuvent-ils innover grâce aux nouvelles technologies ?

Ils peuvent intégrer les nouvelles technologies dans leur méthode de travail. L’équipe de collaborateurs autour du magistrat pourrait utiliser des outils collaboratifs pour partager le travail afin d’échanger d’une manière plus simple. Le magistrat et ses collaborateurs n’en seraient que plus complémentaires.

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