“Les avocats doivent sortir de leur bureau pour aller à la rencontre de leur clientèle.” Interview de Sophie Clanchet, présidente d’Eurojuris.

Avocate et présidente d’Eurojuris, Sophie Clanchet évoque le futur de la profession d’avocat.


Qu’est-ce qu’Eurojuris ?

Eurojuris est une association fondée il y a 30 ans qui regroupe 1000 professionnels du droit (Avocats et Huissiers de Justice) en France.

Quelle est la différence entre Eurojuris et les autres réseaux ?

Eurojuris est un réseau qui se veut innovant et qui invite ses membres à être moteur dans leur profession. Depuis quelques années nous avons développé une vision prospectiviste liée aux évolutions de nos professions. Nous invitons nos membres à ne pas craindre cette évolution qui est pleine d’opportunités et va les pousser à réinventer leur métier. Par exemple, ces professionnels pourraient aider à accélérer l’accès aux prestations juridiques.

Pourquoi est-il important pour un avocat de rejoindre Eurojuris ?

Eurojuris permet aux avocats de bénéficier de prestation en communication et d’avoir accès à des outils innovants. Nous proposons par exemple à nos membres divers services : services de création de site, de communication sur les réseaux sociaux à des coûts qu’un avocat individuel ou cabinet à taille humaine ne pourraient payer seuls. Nous permettons à nos membres de mutualiser coûts et compétences. Les professionnels ont tout à gagner en se rapprochant, ensemble nous sommes plus forts et pouvons mieux cerner les besoins des justiciables. Nous proposons à nos membres d’être en permanence au contact de l’évolution en beta testant de nouveaux outils développés par les legaltechs.

Quelles vont être les prochaines grandes missions d’Eurojuris dans les années à venir ?

Nous souhaitons permettre à nos membres et cabinets d’assurer rapidement leur transition numérique. Quand on sait que l’accès au droit des justiciables se fait via internet et Google, il faut absolument être visible sur le web et que nos avocats et cabinets travaillent sur cette visibilité. Ils se doivent d’avoir un site clair et accessible depuis un mobile mais aussi être actifs sur les réseaux sociaux. Eurojuris propose d’ailleurs à ce sujet une prestation de community management à ses membres. Pour profiter pleinement de la transition numérique, les avocats doivent se doter d’outils afin de laisser de côté les tâches à faible valeur ajoutée et difficilement facturables aux clients pour mieux se concentrer sur la plus-value qu’ils peuvent apporter dans leurs dossiers.

Comment Eurojuris peut aider les avocats à innover ?

Dans un premier temps nous les poussons à se doter d’outils afin d’automatiser les tâches récurrentes sans valeur ajoutée. Cela leur permet de se concentrer sur leur cœur de métier : le conseil et la stratégie. A la suite du congrès Eurojuris de janvier 2017, nous avons créé un laboratoire où de nombreux acteurs des secteurs juridiques participent. Au sein de ce laboratoire nous souhaitons développer des solutions innovantes basées notamment sur l’intelligence artificielle. L’accès au droit par internet étant de plus en plus répandu et les justiciables de mieux en mieux informés, les avocats doivent se concentrer sur leur plus-value et automatiser tout ce qui peut être automatisable (prise de rendez-vous, recherche de jurisprudence…).

Comment a évolué la profession d’avocat ?

La profession doit accepter l’innovation collective et se rapprocher des autres professions du droit et du chiffre, ainsi que des legaltech pour co-construire des solutions. Nous devons faire avancer le droit et en garantir un meilleur accès aux justiciables. Les avocats doivent se rendre compte qu’ils ont besoin de sortir de leur bureau pour aller à la rencontre de leur clientèle. Certains justiciables ont des litiges et ne pensent même pas à consulter un avocat. L’avocat doit aller au-devant de ces justiciables pour répondre à leur besoin et leur fournir une prestation de qualité.

Le rapport Haeri a d’ailleurs souligné ce point très intéressant : les avocats doivent sortir du modèle traditionnel et se rapprocher des autres professions et legaltechs afin de construire de nouveaux produits et sortir de cette position attentiste vis à vis du justiciable. Les avocats pourraient très bien profiter de cet excellent canal qu’est le web pour aller au-devant de nouveaux clients.

Je ne suis pas du tout inquiète quant au futur de la profession d’avocat. Je vois de jeunes confrères qui gagnent des prix de l’innovation et qui réinventent leur profession. Il y a une vraie évolution des mentalités dans la profession.

Que pensez-vous des legaltech ?

Il existe deux types de legaltech :

Des legaltech qui offrent des services aux internautes. Si parmi ces dernières certaines ne proposent qu’un forum de discussion où le rôle de l’avocat n’est pas prépondérant d’autres peuvent générer un nouveau marché et de belles opportunités pour les avocats.

Le second type de legaltech sont les legaltech de service à destination des professionnels du droit. Ces legaltech dont fait partie Doctrine permettent aux avocats de gagner en efficacité et productivité et vont permettre aux avocats de renforcer leur relation client.

Que pensez-vous du projet porté par Doctrine ?

J’ai eu d’excellents échos concernant Doctrine, certains de nos membres l’utilisent et en sont ravis.

Essayez Doctrine ici.

📷 " Eurojuris : Sophie Clanchet réélue Présidente ", Le Monde du Droit